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LE SOLEIL
La gestion de l'"or bleu" du Québec préoccupe décidément de plus en plus. Il ne faut donc pas se surprendre de voir une écrivaine, de surcroît une ex-présidente de Greenpeace, sonner l'alarme en écrivant H2O, un thriller écologique dont on dit qu'il pourrait s'avérer visionnaire. Troublant reflet du commerce des richesses naturelles que celui offert par Burstyn dans une histoire tordue où un riche homme d'affaires projette de transporter l'eau du Québec par pipeline vers les États-Unis. Ni la corruption au plus haut niveau ni les détournements de faits afin de confondre les médias n'effraient un duo d'écologistes qui tenteront de dénoncer le plan avant qu'il ne soit trop tard. Une "politico-écolo-fiction" dont l'intérêt réside avant tout dans l'inquiétant portrait du futur qu'il propose.
VOIR
Détourner l'eau douce de nos rivières pour hydrater les États américains atteints par la sécheresse? Le cauchemar devient réalité lorsque décident de s'entendre l'élite politico-économique des États-Unis et le gouvernement d'un Québec surendetté... après une bonne campagne de manipulation de la presse. À la manière de John Le Carré, dont certains livres s'inspirent de scandales à grande échelle qui menacent l'équilibre de la planète, Varda Burstyn entre dans le monde des lettres avec un "thriller écologique" pour le moins visionnaire: H2O inc. L'ex-vice-présidente de Greenpeace Canada y sonne l'alarme sur la pénurie de la plus essentielle de nos ressources, démontrant sa riche expérience des relations entre les lobbys écologistes, le monde politique et les médias. Une œuvre d'anticipation, réaliste et inquiétante.
LE DEVOIR
samedi 22 octobre 2005
H2O inc. ou irriguer les États-Unis avec l'eau du lac Saint-Jean
Patenaude, François
«Les eaux du Canada ne sont pas à vendre [...] Mais tôt ou tard, nous devrons aider nos voisins du Sud. C'est une réalité que nous devrons regarder en face, dans un proche avenir.» Ce commentaire que l'auteure du livre H2O inc. fait dire, dans son roman, au premier ministre du Canada, nous risquons de l'entendre de la bouche même de Paul Martin dans les mois à venir. Et ses répercussions seront énormes.
Le livre H2O inc., oeuvre de l'ex-vice-présidente de Greenpeace, Varda Burstyn, traite d'un enjeu majeur qui touchera le Canada très bientôt: le besoin des États-Unis en eau douce. Dans le Midwest et le Sud-Ouest américains, les sécheresses se succèdent, les agriculteurs manquent d'eau et les changements climatiques n'amélioreront rien. La solution semble déjà choisie pour les Américains: importer l'eau du Canada par pipeline...
Mais qui seront les promoteurs d'un tel projet? Quelles seront leurs motivations? Comment le tout sera-t-il présenté à la population? C'est à ces questions que Mme Burstyn s'attaque dans son polar-écolo, qui se déroule dans la première décennie du XXIe siècle.
Importer l'eau du Canada
Un richissime homme d'affaires américain, William Greele, met en place un consortium (Amwatco) en vue d'importer de l'eau du Canada. Amwatco choisit de s'installer au Québec, à la fois parce que la ressource y est abondante et parce qu'il mise sur la «différence» québécoise pour l'isoler politiquement du reste du Canada. C'est au Lac-Saint-Jean que le consortium compte installer son pipeline et ses usines d'embouteillage. Mais le projet est accidentellement découvert par deux personnes au Québec et aux États-Unis, et la résistance des écologistes s'organise. On suit alors à la fois les promoteurs dans leurs tractations pour faire approuver le projet en catimini par les politiciens, américains et québécois, et leurs opposants qui s'organisent. Rapidement, la lutte s'intensifie de part et d'autre. Et c'est là que le roman prend toute sa force, dans les moyens mis en place par les adversaires qui s'affrontent... à armes inégales. D'un côté, on souhaite faire adopter le projet de pipeline en douce et, de l'autre, on encourage plutôt le débat public.
H2O inc. nous amène dans les coulisses du pouvoir et nous fait découvrir que, lorsque de grosses sommes d'argent sont en jeu, les rouages bien huilés se mettent en place entre ceux qui détiennent les pouvoirs financiers, politiques et médiatiques. Tout y passe, et même le plus sordide... Mais les opposants ne sont pas à court de moyens: le piratage informatique, les contacts politiques et médiatiques sont aussi au rendez-vous.
Le roman est bien ficelé. L'intrigue nous tient en haleine et l'auteure maîtrise visiblement très bien son sujet. Les enjeux et les moyens déployés sont bien décrits, et on reconnaît des acteurs en présence tant au Québec, Eau-Non (Eau Secours), la Caisse Laurier (Caisse Desjardins), qu'aux États-Unis. On peut reprocher à l'auteure de s'attarder dans des descriptions un peu longues qui agacent parfois et certains passages fleur bleue, mais ne boudons pas notre plaisir. Car ce polar-écolo, qui aborde également plusieurs enjeux écologiques d'importance, nous fait aussi voir comment les mesures de sécurité pour lutter contre le terrorisme pourraient mener à certaines dérives et faire passer l'expression écolo-terroriste dans le langage courant.
Un livre utile, dont la grande force est d'aborder, aujourd'hui, un enjeu majeur qui se pointera à l'horizon très bientôt.