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L’unité des soins intensifs de l’hôpital Century City sentait L’antiseptique, les aliments trop cuits et L’angoisse. Dans une petite chambre, une femme aux cheveux noirs, recroquevillée d’anxiété, était assise sur une chaise, au chevet d’une patiente. La jambe droite et le torse de cette patiente étaient recouverts de bandages et soigneusement harnachés à un appareil de traction. À la porte, l’inspecteur de police hésita. À travers la vitre, il vit la visiteuse tendre le bras le long du voile de coton blanc, vers le corps inerte, momifié dans le plâtre et la gaze, afin de saisir l’une de ses mains pâles. Il plaça sa mallette sous son bras, fit passer son gobelet de café dans sa main gauche et entrouvrit la porte. – Mon Dieu, entendit-iil distinctement, ne meurs pas ! La visiteuse sanglotait, puis elle murmura : « Je regrette tellement, tellement.» L’inspecteur en avait les oreilles qui tintaient. On L’avait chargé d’enquêter et il aurait été fort aise de laisser parler cette femme en se faisant aussi discret qu’une mouche sur le mur. Mais elle était bien capable de remettre en question sa compétence et son intégrité. Au poste des infirmières, on lui avait dit qui elle était. Pour L’instant, elle ne semblait pas trop hostile. Il ferma la porte derrière lui et se racla la gorge. La visiteuse s’éloigna brusquement du lit et se retourna pour lui faire face. Elle essuya quelques larmes sur son visage et le toisa avec méfiance. – Bonjour, dit-il. Vous êtes l'amie qui avez appelé le 911 pour elle ? – C’est exact. Elle était épuisée, il le voyait à L’affaissement de son corps, malgré L’effort qu’elle faisait pour rester forte. Elle avait un visage expressif, intelligent, qui exprimait … le chagrin, bien sûr, beaucoup de chagrin, mais autre chose aussi. La colère ? la peur ? Elle avait les lèvres pincées, la mâchoire serrée. Le sens de L’observation qu’il avait développé lui fit remarquer le pantalon kaki, le tee-shirt noir et les sandales. On aurait dit qu’elle avait dormi tout habillée et dans des lieux inconfortables. – Elle a eu de la chance que vous soyez là, fit-il remarquer en toute sincérité. Elle n’esquissa aucun sourire et pas le moindre signe de détente. Il posa sa mallette et son café sur le rebord de la fenêtre. – Je suis de la police de Los Angeles, dit-il en lui montrant sa carte d’identité. Heureux de vous rencontrer. Elle n’était toujours ni rassurée ni détendue. Elle le regardait d’un air défiant, buté. Ses yeux rougis de larmes étaient remplis d’inquiétude et de révolte. Mais il les trouvait remarquablement pénétrants et lumineux. « Mon Dieu, songea-t-ii tout à coup, quelle expression !» Elle lui rappelait tellement le regard déterminé de sa propre fille. – Alors, répéta-t-il, vous avez appelé le 911 pour elle, à partir de Washington ? – Ouais, répondit-ee d’un ton acide. Un exploit, non ? Elle voyait devant elle un homme de grande taille, un peu voûté, au visage couvert de rides et de replis. Elle prit son expression de lassitude pour de L’insensibilité et se cabra, redressée, tenant la chaise entre eux. Il soupira. – Je ne suis pas votre ennemi, madame, dit-il avec une certaine gentillesse. Ni le sien, malgré ce qui s’est passé. – Dans ce cas, comment se fait-iil qu’on lui ait tiré dessus, alors que la moitié de la patrouille de nuit était là, avec elle ? Elle parlait d’un ton venimeux. Comme il n’avait aucune réponse valable, il haussa les épaules, d’un mouvement de tout le corps, qui disait assez sa frustration. Elle considéra son début de calvitie, son complet de polyester froissé et sa cravate rayée, marine et rouge, marquée en plein milieu d’une tache voyante (de ketchup, peut-être). « Bon, se dit-elle, il ne fait sûrement pas partie d’une troupe d’assaut.» Puis, elle se ressaisit : « Mais, attention, il ne faut pas se laisser prendre par les attitudes apparemment amicales !» Du regard, l’inspecteur nota soigneusement tout ce que la patiente avait subi : le plâtre, épais autour du bassin et de L’abdomen, la jambe droite pliée au pied galbé, mollement suspendu en l’air, la totale immobilité du corps. Il posa ensuite les yeux sur son visage : il était exquis et même angélique. Malgré l’éducation catholique qu’il avait désavouée, il n’aurait pas été étonné de voir de grandes ailes plantées dans son dos, à travers le plâtre. Les bandages retenaient sa chevelure dorée en un cercle de lumière autour de sa tête, comme une auréole ; L’effet le riva sur place. Le médecin L’avait informé qu’elle ne passerait sans doute pas la journée et qu’elle ne se réveillerait plus. Il se tourna vers l’amie. – Croyez-moi, je suis vraiment désolé. On m ’a appelé tôt ce matin, à la demande spéciale du commissaire, pour enquêter, et j ’apprécierais vraiment votre aide, madame. Personne d’autre ne semble rien savoir. Et elle ne peut fournir aucun indice. c’est le moins qu’on puisse dire ! Il n’obtint qu’un silence de pierre. – Savez-vous qui a tiré sur elle ?
Huit mois auparavant…Le jet filait à travers une masse imposante de nuages grisâtres et pourpres au-dessus des forêts boréales du massif laurentien. En bas s’étendaient à perte de vue des millions d’hectares d’espaces enneigés, parsemés d’épinettes noires et marqués par les échancrures des coupes à blanc et des feux de forêt de L’été précédent, avec, çà et là, les pylônes géants qui enjambaient cette immensité pour transporter L’électricité de la Manicouagan et des chutes Churchill jusqu’aux villes, plus loin au sud. Là où les eaux profondes ou rapides allaient briller au printemps, sous la neige de janvier, des formes blanches et mystérieuses laissaient deviner les lacs et les serpents blancs des cours de rivières. Le long du grand fjord du Saguenay, des masses de glace blanche et grise s’étaient accumulées sur les rives. Des croûtes gigantesques de glace, bleu pâle comme le ciel d’hiver ou jaunes comme du vieil ivoire, encadraient les falaises où des chutes s’étaient figées en fragments de glaciers. Au cœur de L’hiver, le pays du Saguenay et de Charlevoix révélait toute sa puissance tellurique. En le contemplant du haut des airs, William Ericsson Greele en avait le souffle coupé. Une neige douce tombait quand L’avion atterrit à Chicoutimi. Les flocons moelleux comme des plumes d’oie s’accrochaient au manteau de cachemire noir de Greele. Il en était tombé beaucoup déjà, à en juger par la hauteur des bancs de neige à côté du petit bâtiment de L’aérodrome. À L’intérieur, Greele regarda autour, grimaçant sous le mélange d’oppressantes odeurs de cigarettes, de vieux café et d’essence qui imprégnaient L’air chaud et humide de ce minuscule aéroport. Des cheveux roux et une moustache hérissée lui firent vite reconnaître Gabor Mezulis, même s’il était enveloppé de pied en cap dans un manteau épais. Mezulis était directeur général de DM Engineering, à Seattle, et servait d’hydrologue et d’ingénieur en chef à Greele pour le vaste projet qu’ils préparaient. – Comment vas-tu, Gabe ? Content de te voir, dit Greele, en serrant la main de Mezulis. – Ça va, répondit Mezulis. Bienvenue à Chicoutimi ! Mezulis avait laissé tourner le moteur de sa Grand Cherokee orange foncé. Il faisait chaud et sec à L’intérieur. Ils traversèrent des banlieues, submergées de neige et aux maisons modestes en bardeaux, dont les rues autant que les cours étaient striées de traces de motoneiges. Boulevard Saint-Paul, ils longèrent une succession hideuse d’hôtels et de centres commerciaux. « Dieu, que c’est laid !» pensa Greele d’un air morose, en fronçant les sourcils derrière la glace éclaboussée de sel. Puis la Jeep contourna un immense hôpital qui dominait la colline pour déboucher sur le spectacle en contrebas d’une grande cathédrale aux tours élancées. À travers les nuages effilochés, une percée de soleil vint tout à coup illuminer la ville en bas. – Ah, ça s’améliore !s’exclama Greele, en se renfonçant dans son siège avec satisfaction, comme si Dieu était intervenu spécialement pour lui offrir un meilleur panorama. – Toutes ces vieilles villes du Québec sont construites sur le même modèle, fit remarquer Mezulis en connaisseur, tout en pilotant la jeep habilement jusqu’au bas de la pente raide. La grande église, le gros hôpital. Ici, L’Église catholique s’est chargée de la santé et de L’éducation jusqu’aux années 1960, figure-toi ! – Ouais, ronchonna Greele, que le sujet n’intéressait guère. Et si on parlait de notre affaire, Gabe ? J ’avais hâte qu’on se voie pour… – Patience, Bill, intervint Mezulis doucement. Tu ne perds rien pour attendre. Je t ’expliquerai tout comme il faut quand nous serons arrivés. Greele laissa échapper un soupir d’impatience et en prit son parti. Mezulis devait avoir ses raisons. La vieille ville avait été bâtie sur la rive ouest du Saguenay. Un pont élégant, dont la neige avait blanchi les piliers, enjambait la rivière gelée. Des maisons s’étageaient joliment sur la rive opposée, du nord au sud. Le soleil de fin d’après-midi les nimbait d’or nacré et de rose. L’humeur de Greele s’allégea. Il succombait au charme des rues étroites, tracées à L’origine pour les voitures à cheval, avec leurs maisons à toit plat auxquelles les escaliers et les balcons en fer forgé ajoutaient une note pittoresque. Ici et là, les résidences historiques d’anciens notables, garnies de tourelles et de larges vérandas en encorbellement, formaient des petits quartiers dans la ville. Bien emmitouflés contre le froid, des gens se croisaient à L’entrée de petites boutiques, et les couleurs vives des manteaux, des écharpes et des chapeaux se détachaient sur la blancheur des bancs de neige. Mezulis continuait de jouer les guides touristiques. En regardant ses mukluks fourrés, ses lèvres gercées et ses joues hâlées par le vent du nord, Greele constata à quel point son associé s’était attaché à la région au cours des deux mois où il l’avait explorée. Le crépuscule rayait le ciel d’or et de mauve. Ils traversèrent le pont, montèrent la colline, longèrent le faîte jusqu’à ce que les maisons se fassent plus rares, puis ils tournèrent dans une allée privée en sortant de Terrasse du Fjord. Les nuages s’étaient formés de nouveau et le vent du nord soufflait des rafales de neige devant une maison imposante et insolemment moderne, toute en verre, en béton et en bois, où ils arrivèrent à la tombée de la nuit. Des lumières y brillaient à travers les larges fenêtres. Si tout allait bien, cet endroit ferait L’affaire pour les dix années à venir. Mezulis prit la mallette de Greele et ils entrèrent. Il suspendit le manteau de celui-ci à côté d’un énorme parka garni de duvet dans le placard de l’entrée. De grosses bottes de neige étaient posées par terre. – C’est pour toi, Bill, tu vas en avoir besoin. Il conduisit Greele en haut d’un escalier jusqu’à une grande chambre au bout du couloir. Dans son cabinet de toilette, Greele s’aspergea la figure d’eau froide, s’épongea avec une serviette ouatée et revint aussitôt en bas. Il ne pouvait attendre davantage. Il retrouva Mezulis dans la salle à manger, devant une table colossale en teck poli, encombrée de graphiques, de cartes et de livres. Mezulis consultait son courrier électronique sur un ordinateur portable. Un repas alléchant était disposé sur le buffet : entrée, coq au vin, salade et profiteroles. Greele en eut l’eau à la bouche. – Hé, dit Mezulis en levant la tête, tu ne veux pas essayer La Maudite ? Une bière exceptionnelle ! Le français de Greele avait été mis au rancart avec un tas d’autres choses qu’il n’avait pas utilisées depuis les quarante années qu’il était sorti du collège, mais il n’avait pas tout oublié. – Maudite, damnée ? dit-il. Ai-je bien compris ? Drôle de nom pour une bière ! Mezulis sourit finement. – C’est par ironie, je suppose. En tout cas, c’est une damnée bonne bière, la meilleure que j’aie jamais goûtée ! – Je préfère le scotch, dit Greele froidement, en allant se servir à manger. Peut-on se parler maintenant ? Il se dirigea vers le salon où il s’installa dans le fauteuil le plus large et le plus confortable, allongeant les pieds sur un pouf à côté du feu qui grésillait dans le foyer. – J ’ai lu tous tes courriels et tes télécopies avec la plus grande impatience, Gabe, dit-il entre deux bouchées. Tu me fais suer depuis un mois à force de peser le pour et le contre. Alors, dis-moi, pour de bon : est-ce que c’est faisable ou non ? – Eh bien … commença Mezulis dans L’autre pièce, en laissant sciemment traîner la réponse. Sur le plan technique, je pense que ça l’est. Les traits de Greele se durcirent. Il vit la gouvernante sortir de la cuisine et prendre son manteau dans le placard. Il attendit qu’elle ouvre les portes massives et disparaisse dans L’obscurité. Au milieu du vent qui geignait, on entendit une voiture démarrer et s’éloigner. Alors Greele lança rageusement : – qu’est-ce que ça veut dire, nom de Dieu ? Oui en théorie, non en pratique ? Je ne suis pas venu d’aussi loin pour entendre ça ! En tenant la bière qu’il s’était versée, Mezulis tendit à Greele un verre de scotch Laphroaig et s’assit sur un canapé de couleur champignon. Il ressentait de L’irritation à voir le grand corps bien bâti de Greele accaparer son fauteuil préféré. Greele était L’un des hommes les plus riches de la planète, quelque part parmi les vingt premiers, songeait-il. Mezulis était riche, mais la fortune de Greele éclipsait la sienne. Greele pouvait financer des projets à une échelle titanesque, comme Mezulis les aimait. Mais il pouvait aussi se montrer le pire des emmerdeurs. – Permets-mmoi de te rappeler, dit Mezulis, que la question de la faisabilité technique s’était posée sérieusement dès le départ. – Pas pour moi ! trancha Greele avec brusquerie. Mezulis se rebiffa : – Bill, je n’ai pas cessé de te dire que ce n’est pas ici le paradis aux eaux éternelles que tu imagines, malgré ce qu’il semble vu de loin. – Mais ça peut se faire. – Si nous allons plus loin au nord-est que nous L’avions prévu à l’origine, oui. Mais ne crois pas que la partie sera facile à jouer, parce que le niveau des réservoirs est bas. Il n’ajamais été aussi bas, de fait. Je pense qu’il sera très difficile de convaincre le gouvernement. Ils compareront les niveaux actuels à ce qu’ils ont l’habitude d’avoir, pas à la sécheresse au Midwest ou au Sud… – Bon, quel est le vrai problème ? – Politique, répartit Mezulis en se rasseyant. La stabilité de l’environnement d’investissement, pour être plus précis. – Ah bon ! s’exclama Greele en regardant l’ingénieur. Une lueur sombre irradiait des yeux bleus de Mezulis. Son attitude, comme le percevait Greele, montrait du respect mais pas la moindre déférence. c’était tout à fait indiqué. Greele avait besoin d’un homme très fort pour faire aboutir le projet. Quelqu’un qui pourrait porter les bottes du patron. Il avait choisi Mezulis parce que c’était un vétéran éprouvé des guerres sournoises et sauvages que soulèvent toujours des projets de ce genre, où que ce soit. – Explique un peu… lui demanda-t-il. – d’accord, dit Mezulis. La plupart des gens croient que le séparatisme est mort au Québec. Le Wall Street Journal a enterré le Parti québécois il y a six ans. La seule raison de son retour au pouvoir est la chute à pic du premier ministre libéral dans un énorme scandale politique. Les souverainistes ont perdu leurs référendums sur L’indépendance en 1980 et en 1995, et il n’yen pas d’autre en vue. Tout le monde qui a moins de quarante ans à Montréal veut être bilingue, pour travailler dans les grandes entreprises informatiques, aérospatiales ou pharmaceutiques. Etc. , etc. , etc. Il s’interrompit un moment pour bien choisir ses mots. – Mais, reprit-il, je n’achète pas cette salade. Je suis ici depuis deux mois et j’ai bien observé… – C’est vrai, tu t ’es fait discret ! coupa Greele. – Mais bien sûr ! s’écria Mezulis en bondissant du canapé. Ses yeux bleu pâle lançaient des éclairs. – Jésus-Christ, tu me prends pour un imbécile, Bill ? « Va te faire foutre, avec le fauteuil où tu as posé ton cul », songea-tt-il. – Te fâche pas, Gabe !dit Greele sur un ton apaisant. Continue, je t ’écoute. Mezulis prit une profonde respiration. – Écoute, c’est mon devoir comme spécialiste attitré de te conseiller. Et, en tant que futur investisseur important, tu peux être sacrément sûr que je veille à me couvrir les fesses aussi. Je lis les journaux — les journaux anglophones, en tout cas —, j ’écoute la radio, je regarde les nouvelles à la télé, je garde l’oreille ouverte, je tire les vers du nez au type qu’on a engagé ici. ref, e sais ù je ’en vais. e n’en suis pas à mes premières armes, tu le sais ! Alors, tu peux me croire quand je dis que le nationalisme n’est pas mort au Québec. Nul politicien ici n’ira inaugurer un nouvel aréna ou quoi que ce soit sans faire sa courbette à cette idole. C’est comme l’éléphant dans le salon : il n’ya que les gens à l’extérieur qui ne le voient pas. Un sourire flottait aux coins des lèvres de Greele. – T ’es à Chicoutimi, Gabe, dit-il. En plein cœur du nationalisme québécois. On L’entend battre comme un tambour de guerre, ici. Tu as parfaitement raison, il est loin d’être mort. Je suis heureux de voir que tes perceptions coïncident avec les miennes. Derrière ses paroles, on sentait la suffisance. Il avait su jouer au plus fin avec son associé. « Au diable !» pensa Mezulis. – Merci, dit-il, sur un ton sarcastique. – Je t ’en prie, Gabe. Je n’ai qu’admiration pour ton travail, tu le sais bien. Mais je pense que tu comprends mal la situation. – Je comprends mal ? dit Mezulis qui n’en croyait pas ses oreilles. « Ah !L’arrogance de cet homme !» marmonna-t-il pour lui-même. – Le nationalisme québécois n’est pas un obstacle pour nous, reprit Greele en se renfonçant dans le grand fauteuil. C’est notre levier le plus puissant. Et nous allons nous en servir à fond. William Greele s’était levé à sept heures pour savourer le petit déjeuner préparé par la gouvernante : œufs au bacon, pain doré et plusieurs tasses de café fort. À huit heures, malgré les nuages gris perle qui annonçaient de la neige, Gabe et lui se retrouvèrent ans a eep, vec n artable ourré e raphiques et de cartes. Ils prirent la direction de Jonquière, puis poussèrent vers le nord-est. Ils ne furent de retour qu’à dix heures du soir, soupèrent et tombèrent dans leurs lits, épuisés. Le deuxième jour, le soleil brillait mais la température avait baissé. À travers des paysages éblouissants de neige, ils descendirent jusqu’à Tadoussac où les eaux puissantes du Saguenay viennent se déverser dans le cours imposant du Saint-Laurent. Les pneus de la Jeep laissaient des empreintes en écailles de serpent sur la route où une glace vive apparaissait sous la neige. Dans L’air cristallin, on voyait s’élever la fumée des cheminées sur la rive sud. À Tadoussac, le reflet du soleil sur les maisons multicolores et sur les toits rouges de L’hôtel victorien faisait mal aux yeux. Des enseignes artisanales qui grinçaient au vent indiquaient les endroits où les touristes pouvaient louer des bateaux L’été pour observer les quatre espèces de baleines qui venaient s’ébattre dans les courants antagonistes des deux fleuves. Le troisième jour, tôt le matin à bord d’un Cessna, ils s’envolèrent beaucoup plus loin au nord-est, au-delà du réservoir Pipmuacan. Pendant quelques heures, ils volèrent franc ouest, jusqu’àla ligne de partage des eaux, explorant les terres qui vont se décharger dans la baie d’Hudson. Quand il rentra chez lui à Cincinnati, Greele était optimiste et prêt à aller de l’avant. Quant à Mezulis, revenu à sa table de travail à Chicoutimi, il scruta les cartes et encercla en rouge les neuf sites qu’ils avaient repérés ensemble. Puis il s’occupa d’achever le rapport qui servirait à Greele quand il réunirait son nouveau consortium. |